Oser le roman ?

21 sept

Développer mes « idées » (un bien grand mot) sur l’écriture m’aide à voir plus clairement ce que je cherche à faire, dans quelle direction aller.

Voici donc quelques « réflexions » qui n’intéresseront peut-être que moi ou peut-être quelques autres on ne peut pas le savoir à l’avance et qui ne tente rien ne risque pas non plus de se tromper.

Je n’écris pour le moment que des nouvelles et encore j’y passe des jours et des jours, des mois et des mois, etc. Pour un résultat… bref.

Je me suis dit, quand j’ai attrapé le virus de l’écriture : « Bruno, il faut que tu commences par du court, vu que tu débutes, et qu’il vaut mieux réussir un truc court plutôt que d’étaler ton incompétence sur un grand nombre de pages. »

Mes professeurs de français m’ont toujours expliqué qu’il suffisait de lire les trois premières pages d’un roman pour savoir si c’était bien écrit et s’il y avait une histoire ou non.

Donc je suppose que pour eux, si ces premières pages n’étaient pas convaincantes, toutes celles qui les suivaient étaient des pages inutiles. Un peu violent comme point de vue mais j’ai tendance à leur faire confiance. Après tout c’est leur métier.

Cette introduction pour expliquer pourquoi je pense (ce n’est que mon avis, on s’en doutera) qu’oser écrire un roman quand on n’est pas prêt est une mauvaise idée. Parce que, d’un point de vue pratique, c’est dommage de perdre son temps (sauf si on y tient, chacun fait ce qui lui plaît) à répéter les mêmes impasses au lieu d’essayer de creuser un truc (court, parce que tout se joue déjà dans un récit court) pour arriver à quelque chose : une idée, une émotion, un style, une vision, un point de vue.

Bien sûr, pour dire cela, il faut que j’aie une idée de ce qu’est un roman et de ce qu’il n’est pas, idée que je me suis faite à partir de mes lectures de romans et non à partir de mon expérience de l’écriture d’un roman (que je n’ai pas).

Comment écrire un roman si on ne sait pas ce que c’est ? C’est bizarre, non ? C’est comme si on voulait opérer un malade sans avoir aucune notion d’anatomie.

Or mon idée du roman, c’est que ce n’est pas une suite de pages. Si le roman était une suite de pages, ce serait simple. On écrirait d’abord quelques pages, auxquelles on ajouterait d’autres pages, et ainsi de suite jusqu’à arriver au nombre de pages qu’on estimerait suffisant pour mettre « roman » sur la couverture. Et le tour serait joué.

Un roman, donc, d’après mes lectures, est bien plus qu’une suite de pages : pour prendre une image ce serait comme un organisme, dont il faudrait d’abord avoir le cerveau et le cœur. Quelque chose pulse et, dans sa pulsation, fait naître des mots, des pages, un livre. Quelque chose qui ne procède pas de la logique, surtout pas d’une logique d’accumulation, mais d’une idée, qui étend ses ramifications dans le livre, lequel s’élabore dans tous les sens, des profondeurs à la surface : ce qui est visible, les mots. Mais des mots qui ne seraient que la partie cachée d’un iceberg. Aucun bon roman n’est constitué seulement d’explicite. Les romans qui explicitent tout, qui disent tout ce qu’il faut comprendre, sont pour moi d’une très grande tristesse. Ils procèdent d’un désastreux manque d’imagination et n’ouvre aucun espace d’imagination au lecteur. C’est la même différence qu’entre marcher dans un parc d’attraction et arpenter une forêt mythique, celle de Robin ou de Perceval. Les romans tristes, qui disent tout, passent à côté de la vie, qui est mystère, qui est désir, qui est contradiction. Si l’homme vit la plupart du temps sa vie à son insu (il a quelques rares moments de lucidité, c’est vrai, mais ce n’est qu’une lucidité partielle), pourquoi le personnage de roman ne serait-il pas comme lui ? Pourquoi avancerait-il dans un monde balisé où, comme dans les allées d’un supermarché, tout est mis à sa portée, tout est devenu marchandise ? Où les sentiments sont étiquetés pour qu’on soit sûr de les reconnaître, de ne pas se tromper : ça, lecteur, c’est de l’amour et du vrai ; ça, lecteur, c’est de l’amitié, ça de la solitude, ça de la joie, ça de la tristesse, ça un méchant macho et ça une cadre d’entreprise battante. Qui sont ce macho et cette cadre quand ils ne sont plus macho et cadre ? Ou plutôt, de quelle vision de l’homme part-on quand on décide d’écrire un roman ? Le sait-on ? Une vision caricaturale, stéréotypée, où toute chose est à sa place, sauf la vie et la vérité qui main dans la main ont pris la clé des champs ? Ou bien une vision qui part de sa propre expérience/ignorance du monde et des autres, et qui tente d’en rendre compte à travers des personnages, une langue, une façon d’agencer dialogue, narration, description, commentaire ?

Et puis, surtout, écrit-on un roman pour écrire un roman ? Comme un objet qu’on produit et une fois que c’est fait c’est fait ? Ou accepte-t-on que le roman se refuse, se rétracte, ne se décide à apparaître qu’après des mois, des années de maturation ? Après un travail acharné, des phases d’intense découragement, d’abandon, ou au contraire des périodes de grâce ?

Suffit-il d’accumuler et de produire pour écrire un roman ?

Suffit-il d’oser décréter « ceci est un roman » pour que ça le soit ?

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